Les privilégiés
Définis par ce qu'ils détiennent : positions, codes, patrimoine. Le progressisme les dépeint comme des nantis : ils ne manquent de rien — à part d'égards pour les opprimés. Leurs abus révèlent une domination inacceptable.
Comprendre la gauche
Le schéma ci-contre illustre de manière simple la psychologie progressiste :
celle qui détermine la vision du monde partagée par la plupart des idéologues de gauche.
Catégorisation : la société contient, aux yeux des progressistes, deux blocs
majeurs : les opprimés et les privilégiés.
Parmi les privilégiés se trouve également ce qu'on peut appeler la frange éclairée,
qui estime accomplir le Bien en participant à la libération des opprimés.
La libération des opprimés vise à briser leurs chaînes et à les intégrer pleinement
au sein d'une nouvelle société plus égalitaire, censée mieux répondre à leurs attentes.
Définis par ce qu'ils détiennent : positions, codes, patrimoine. Le progressisme les dépeint comme des nantis : ils ne manquent de rien — à part d'égards pour les opprimés. Leurs abus révèlent une domination inacceptable.
Issue des privilégiés — elle en a l'éducation, les ressources, les positions —, sa vertu est démontrée par son affront au système qui la privilégie : elle se range du côté des opprimés. En les défendant, elle cherche à assurer leur loyauté envers le pouvoir à la période suivante.
Définis comme ceux qui subissent : codes, règles et hiérarchies écrits sans prendre en compte leurs demandes. Le fait qu'ils n'ont pas leur mot à dire est la preuve morale qu'il faut déconstruire les codes en place ; les défendre est la source de toute légitimité.
vision erronée nº 1 — le « political compass »
Le clivage vu comme une carte d'opinions — l'économie sur un axe, l'autorité sur l'autre. Cette carte est statique : elle ne montre ni qui détient le pouvoir, ni le mouvement qui fait changer les principes de camp d'une époque à l'autre.
Un processus plutôt qu'une doctrine
Les idées de gauche semblent se contredire au fil du temps : hier la promotion de la liberté de la presse, aujourd'hui la censure ; hier l'anticléricalisme, aujourd'hui la défense de l'islam. C'est que le progressisme n'est pas un ensemble d'idées ou de principes statiques : c'est un mouvement d'intégration continu des populations en marge du système politique. Les principes changent avec les populations à intégrer tandis que le geste, lui, ne change jamais.
Une des illusions fréquentes à droite est de voir la politique comme la gestion de la « Cité », avec pour but principal d'en améliorer le fonctionnement concret. Cette illusion découle de plusieurs mécompréhensions vis-à-vis des acteurs de gauche et des mesures prises par ces derniers.
Le progressisme n'est pas seulement une volonté terre-à-terre de donner naissance à une société dans laquelle il fait meilleur vivre : c'est aussi une spiritualité qui se substitue à la religion chrétienne, dont l'influence politique a aujourd'hui été pratiquement réduite à zéro en Europe.
En tant que substitut au christianisme, le progressisme reprend certains aspects de la religion autrefois dominante de notre société.
Les aspects du christianisme les plus importants à comprendre pour décortiquer le progressisme :
Le cadre moral progressiste reprend du catholicisme l'injonction à être noble, à participer à un projet plus grand que soi — et, fondamentalement, à accomplir le Bien.
La légitimité du politique, en revanche, dans un ordre progressiste débarrassé d'un roi « par la grâce de Dieu », repose sur un logiciel radicalement différent du christianisme.
fig. 02 — la justification à chaque époque
L'alliance de la frange éclairée et des opprimés a besoin d'être juste pour être suivie. À chaque époque, le récit désigne des privilégiés, exhibe des opprimés, et confie la libération à la frange : rejoindre son camp devient un acte moral.
Noblesse et clergé : privilèges fiscaux, dîme, justices seigneuriales — l'ordre inégal par naissance.
Couronne réformatrice, aile libérale (La Fayette, Noailles), philosophes de cours royales (Voltaire, Diderot, d'Alembert) : des privilégiés qui prennent le parti du tiers.
Le tiers état — bourgeoisie, paysans, sans-culottes, protestants : la nation qui porte tout et ne décide de rien.Le progrès s'incarne dans l'égalité devant la loi — abolir les privilèges héréditaires et ecclésiastiques.
Patronat et notables, épiscopat : la propriété industrielle et l'autorité sur les ouvriers rendue possible au XIXe siècle ; le mari et son autorité sur sa femme.
Syndicats, hussards noirs, intellectuels engagés (Zola, Sartre, Anatole France) : les produits de l'école gratuite et obligatoire.
Ouvriers et femmes : le travail sans les droits, la moitié de la société sans le vote.Le progrès s'incarne dans la justice sociale — protéger le travailleur et émanciper la femme.
Privilège blanc, hétéros-cis, France installée : bénéficiaires de la révolution sociale du XXe siècle. Ils jouissent d'un traitement de faveur par rapport aux opprimés.
Avant-garde académique de la déconstruction et du privilège blanc (Derrida, Foucault, Éric Fassin), tissu associatif, médias de masse et magistrature : les produits de l'accès de tous à l'université.
Populations du tiers-monde, minorités, LGBT, banlieues immigrées : victimes de l'ignorance, de l'intolérance et des abus des privilégiés.Le progrès s'incarne dans la nouvelle France, débarrassée des responsables du racisme systémique.
trois époques — un même drame : désigner les privilégiés, défendre les opprimés, intégrer la marge
Cartographie du pouvoir
Le pouvoir politique se décompose en trois strates — un centre, des corps intermédiaires, une marge. Ce ne sont pas des classes sociales : ce sont des rôles structurels, identifiés par leur position dans la société, chacun divisé en un haut et un bas.
Cette cartographie se base en grande partie sur le travail de Bertrand de Jouvenel — Du Pouvoir (1945), la croissance séculaire du pouvoir central — mais aussi sur celui de Chris A. Bond et son livre Némésis.
Dynamique : le pouvoir central, par nature, cherche à grandir —
il passe outre les pouvoirs subsidiaires pour rallier la marge à son camp.
Le centre du pouvoir noue une alliance avec les populations en marge
pour lutter contre les pouvoirs subsidiaires.
Cette alliance est présentée comme une libération, une rectification
des inégalités, la fin d'une oppression.
Par nature, il cherche à grandir : grossir ses rangs, s'imposer à toujours plus de secteurs. Double visage — symbole de la communauté et ambition pour soi. Son moyen d'expansion : passer outre les subsidiaires et courtiser la marge, en décrivant l'intégration de cette population en émancipation. Comme chaque strate, il se divise en un haut qui décide et un bas qui exécute — et, dans chaque strate, le haut se dit solidaire du bas même quand il lui rend la vie dure.
Corps intermédiaires, gardiens des codes hérités. De nos jours, ils correspondent très largement au contribuable français : c'est lui qui remplit les caisses de l'État, pour un pouvoir en retour limité — celui du vote. Leur nature est de résister à l'expansion du centre ; ils reprochent à la marge de ne pas jouer selon les règles. C'est ici que la division haut / bas est décisive : le haut, sensible au prestige de l'avant-garde, finit par se rallier au progressisme quand le bas le rejette au nom de l'ordre ancien.
Ceux qui n'étaient pas dans l'équation quand les codes, les institutions et les valeurs officielles ont été définis. Insignifiantes seules, décisives une fois ralliées à l'avant-garde : le centre leur apporte ressources, exposition, protection — et gagne en échange une caution morale et des rangs à grossir. Elles ont aussi leur haut — figures montées au premier plan — et leur bas — la masse précaire.
fig. 04 — la rotation des interprètes
Si les différentes vagues d'idées progressistes semblent se contredire, c'est parce qu'elles changent en fonction de la société. On retrouve les mêmes rôles à travers le temps. À chaque époque, une avant-garde adapte le récit légitime, le pouvoir central s'allie à une nouvelle population en marge par-dessus les corps intermédiaires du moment — dépeints en privilégiés qui maltraitent les populations en marge.
L'abolition de l'ordre d'Ancien Régime
en hautla Couronne réformatrice (Turgot, Necker), le Conseil du roi, les intendants — puis l'État révolutionnaire, qui hérite de sa position et achève l'œuvre (départements, constitution civile du clergé) — réformateurs, puis patriotesen baslégistes et hommes de loi du tiers, commis des bureaux, armées levées en masse — patriotesLa Couronne a déjà tout bâti — impôt permanent, armée, administration — et pensionne les philosophes qu'elle censure en façade : Malesherbes protège l'Encyclopédie.
en hautphilosophes et encyclopédistes pensionnés par les cours, salons, académies royales — le « parti philosophique »en basavocats sans causes et gazetiers (Brissot, Desmoulins), pamphlétaires, clubs et loges — patriotes avancés, futurs jacobinsLe récit légitime : la nation souveraine, l'égalité devant la loi — « Qu'est-ce que le Tiers état ? Tout. » (Sieyès)
en hauthaute noblesse, évêques, parlements bloquant l'impôt royal — aile libérale (La Fayette, Noailles)en bashobereaux, curés réfractaires, corporations et jurandes, justices seigneuriales — contre-révolution (Vendée, chouans, émigrés)Le haut, gagné au prestige des Lumières, abolit ses propres privilèges la nuit du 4 août ; le bas tente en vain de rejeter l'égalité devant la loi et demande un retour au trône et à l'autel.
en hautla bourgeoisie du tiers — négociants, financiers, propriétaires roturiersen baspaysans chargés de droits seigneuriaux et de dîme, sans-culottes des villesRejoints par les protestants (1787) ; mobilisé au nom de l'égalité.
La révolution sociale, par étapes
en hautl'État républicain — préfets, Conseil d'État, Bloc des gauches puis Front populaire, Libération planificatrice (nationalisations, Sécurité sociale) — Parti radical, puis SFIOen basles « hussards noirs » de l'école laïque, fonctionnaires, postiers, cheminots nationalisés — radical-socialistePas de prise de palais : chaque étape — lois laïques, 1936, 1945, Grenelle 1968 — transfère à l'État les protections que d'autres assuraient.
en hautsocialistes — Normale et la Sorbonne (Herr, Jaurès), puis Sartre et Beauvoir. Intellectuels engagés — Zola, Anatole France, la Ligue des droits de l'hommeen baspresse militante (L'Humanité), revues, universités populaires, syndicalisme enseignant — SFIO, puis PCFQuestion sociale et féminisme deviennent la morale légitime — SFIO en pointe, jusqu'à Mai 68.
en hautétat-major, épiscopat et congrégations (dissoutes 1901–1904), patronat et banque (de Wendel, Schneider, Comité des forges) — droite libérale (Alliance démocratique, Fédération républicaine)en basnotables, petits patrons, curés de paroisse, mutuelles et œuvres dépeintes en tutelles — droite nationaliste (Action française, Croix-de-Feu)Le haut combat nationalisations et lois ouvrières — « mur d'argent » face au Cartel des gauches (1926), campagnes contre le Front populaire — avant d'accepter chaque acquis (Ralliement de 1892, catholicisme social) ; le bas tente en vain de rejeter l'égalité sociale et demande un retour à une société plus paternaliste et catholique.
en hautl'aristocratie ouvrière — ouvriers qualifiés, cadres syndicaux et mutualistesen basmanœuvres, ouvrières d'usineDeux causes convergentes, mobilisées au nom de l'égalité : la question sociale (1936, Sécurité sociale) et le féminisme (vote 1944, loi Neuwirth 1967).
Le progressisme contemporain
en hauthaute administration, magistrature (Syndicat de la magistrature), audiovisuel public et presse subventionnée (Delphine Ernotte), financement public (BPI, CNC) — gaucheen basfonctionnaires, employés du service public, Éducation nationale — gaucheIls respectent l'avant-garde et appliquent ses idées avec quelques années de retard — rapports Stora et Sarr-Savoy commandés par l'Élysée — et font bloc avec elle sous attaque (« islamo-gauchisme », 2021). Très majoritairement à gauche (Cevipof).
en hautmilieu académique (Lordon, Piketty, Zucman), philosophes de la déconstruction (Derrida, Foucault), sociologues du « privilège blanc » (Éric Fassin, Sarah Mazouz), artistes à succès, grandes ONG — gauche radicaleen basmédias engagés (Libération, Blast, Bondy Blog), tissu associatif (SOS Racisme, comité Adama, Indigènes de la République de Houria Bouteldja, Soulèvements de la Terre), travailleurs sociaux — gauche radicaleElle fait de la lutte antiraciste et écologique le récit légitime — sur l'identité de genre, juristes et sociologues fabriquent la crédibilité de la notion, puis la loi l'entérine ; le NFP en pointe politique.
en hautfinance et patronat — centre-droiten bassyndicats de policiers (Alliance), généraux retraités (tribune de 2021), agriculteurs, employés du secteur privé, citoyens autochtones de France, « french dreamers » de la France périphérique (Guilluy) — extrême droite (Front National, Reconquête)Du haut en bas, la strate se confond avec le contribuable qui remplit les caisses de l'État. Le haut se rallie aux critères ESG de Davos — l'exception reste Bolloré (CNews, JDD) ; le bas tente en vain de rejeter l'antiracisme et l'écologie radicale et demande un retour à la laïcité de 1905 et à la République sociale pour la nation.
en hautstars issues de l'immigration du Sud — Aya Nakamura, GIMSen basbanlieues immigrées, clandestins — chauffeurs VTC et livreurs (Uber)Populations du tiers-monde, migrants, minorités ethniques, figures contemporaines de l'opprimé — de la Marche de 1983, reçue à l'Élysée, au comité Adama.
trois castings — une seule géométrie : l'appel à la marge, par-dessus les corps, au nom de l'égalité
Cas d'étude
Le schéma suivant retrace l'évolution d'un changement politique — le devoir de fraternité envers les migrants — de sa naissance à sa consécration. L'idée naît chez l'avant-garde : juristes du GISTI (1972), sociologues, Derrida et l'hospitalité inconditionnelle (1996). Elle descend : les cinéastes revendiquent l'illégalité (1997), les rédactions changent de mots — le clandestin devient sans-papiers, puis migrant (2015). Elle devient la norme : le procès de Cédric Herrou s'achève par la consécration constitutionnelle de la fraternité (2018) — l'année même où 58 % des Français restent défavorables à l'accueil. La main tendue : l'avant-garde rejoint les populations en marge via le pouvoir central, court-circuitant les pouvoirs subsidiaires — la loi de séjour relève du Parlement, où trop de députés s'opposent à l'idée pour qu'elle soit modifiée. Le pouvoir central, lui, applique la volonté de l'avant-garde. Le changement de mentalité est imposé à la population de haut en bas : l'idée est mise en place avant d'être largement acceptée.
fig. 06 — le court-circuit du pouvoir subsidiaire
Pourquoi la loi ne change pas : la loi sur le séjour est définie par le Parlement, où siègent les représentants des pouvoirs subsidiaires — les Français contribuables. Trop de députés s'opposent à l'idée : la voie légale est fermée. Le court-circuit : l'avant-garde passe par le pouvoir central — l'administration applique l'idée sans que la loi soit votée. Le citoyen autochtone (pouvoir subsidiaire) n'est pas consulté, précisément parce que le pouvoir central est en lutte contre lui. Pourquoi le président de la République ne soumet-il plus jamais ses réformes au référendum — l'outil direct pour consulter le pouvoir subsidiaire ? Aucun ne s'y est risqué depuis 2005.
Les rivaux pour le pouvoir
Vouloir gagner en statut est naturel. Il existe plusieurs axes sur lesquels en gagner, et chaque axe ouvre son propre canal de pouvoir. Les deux axes principaux sont la bourgeoisie et la noblesse ; leur différence majeure tient au rapport à l'économie : le bourgeois gagne en statut social et en influence grâce à sa situation économique, tandis que le noble obtient surtout sa situation économique grâce à son statut social et à son influence. La noblesse, elle, se distingue en deux branches principales très différentes : la noblesse d'épée, qui tient son rang de la force, et la noblesse de robe, qui le tient de ses idées.
Les milliardaires et la police, que la gauche dénonce comme le pouvoir en place, ne sont pourtant pas ceux qui font évoluer les idées politiques d'aujourd'hui. Ce sont des concurrents de la caste intellectuelle, des adversaires dans la conquête du pouvoir.
Deux méthodes : la bourgeoisie obtient la reconnaissance par la richesse matérielle
qu'elle possède ; la noblesse obtient la richesse matérielle par la reconnaissance
qu'elle a obtenue.
Le besoin de reconnaissance pesant socialement bien plus lourd que la richesse, la
noblesse méprise la bourgeoisie — obligée d'acheter la reconnaissance dont elle jouit.
fig. 08 — trois canaux de pouvoir rivaux
La gauche contemporaine est une noblesse de robe. Les forces de l'ordre et les bourgeois ne sont pas ses oppresseurs : ce sont ses concurrents dans la conquête du pouvoir — d'où la méfiance et le rejet qu'elle leur voue.
La respectabilité culturelle et morale
Les sociologues, les académiques, les juges, les journalistes et hauts fonctionnaires — la gauche contemporaine, jusqu'à ses militants qui manifestent au mégaphone ou collent leurs mains au bitume.
La domination culturelle et idéologique : le bagage intellectuel et la supériorité morale — le rang se prouve par le savoir légitime et l'adhésion aux idées nobles.
Le livre : la connaissance et le patrimoine intellectuel, académique, culturel et religieux — la bibliothèque, le diplôme, la chaire, le sermon hier, l'art contemporain, le cinéma, la musique aujourd'hui. Jamais la performance économique ni le génie martial.Les idées de luxe (« luxury beliefs ») : afficher des opinions coûteuses à porter est son moyen de se distinguer du bas peuple — et de la bourgeoisie, qui se distingue, elle, par des signaux de statut bassement matériels.
Le rang procure le traitement : salariée par le pouvoir central qui l'anoblit.
C'est elle, la gauche : conseillère principale du pouvoir, qui se fournit auprès d'elle en idées politiques. C'est elle qui produit le récit légitime — et désigne les élites rivales à la vindicte.
La respectabilité martiale
Les forces de l'ordre, l'armée, le ministère de l'Intérieur. Jadis rivale du centre, elle est aujourd'hui totalement castrée : strictement au service du politique via la loi, sans aucune crédibilité pour prétendre aux postes de pouvoir.
La force : le sang, les armes, la valeur au combat — le rang se prouve sur le champ de bataille.Elle prend de l'importance dans les crises extrêmes, quand l'histoire convoque la force militaire. Napoléon a obtenu la légitimité de son pouvoir par l'épée : général vainqueur en Italie et en Égypte, c'est son prestige militaire qui rend Brumaire possible. De Gaulle de même : général de la France libre, l'homme de l'appel du 18 juin, ramené au pouvoir en 1958 par la crise d'Alger et la pression de l'armée.
L'uniforme, le grade, la décoration — et surtout l'autorité : le droit d'employer la force, d'exercer la contrainte physique.
Une concurrente à discréditer : l'élite intellectuelle méprise le goût de la violence et de la brutalité — qui est aussi le terrain sur lequel elle ne peut pas gagner — et lui préfère le raffinement des lettres. Le rejet s'affiche en slogans — « ACAB », « Tout le monde déteste la police ».
La respectabilité économique
Les patrons et les riches : entrepreneurs, grands groupes, tech et finance. Leur argent leur achète honneurs et respectabilité — une reconnaissance achetée, jamais la production du récit.
La réussite marchande : le rang se prouve par la fortune bâtie.
La dépense visible : la propriété, la marque, le mécénat — montrer que l'on ne manque de rien. Elle tend aussi à adopter les idées de luxe, dont elle peut se permettre d'encaisser le coût.
Elle ne produit pas le récit : sa richesse achète la reconnaissance — mécénat, philanthropie, vertu affichée.Même l'industrie culturelle — cinéma, jeux vidéo, publicité — ne produit pas ses idées politiques : elles sont légitimées en amont par la noblesse de robe. L'idéologie promue par Hollywood et le forum de Davos est déjà tenue pour valide à Harvard, Sciences Po ou à la LDH avant d'être diffusée dans les grands groupes commerciaux.
Une concurrente illégitime : méprisée pour sa reconnaissance achetée, sa richesse dénoncée comme un vol — « Eat the rich ». La robe dit au bourgeois : « Si ce que tu fais ne générait pas d'argent, ton statut social serait insignifiant — ton œuvre n'inspire pas le respect par elle-même. »
trois canaux de pouvoir — trois monnaies : la force, le livre, l'argent